Le toucher sensible: un véritable langage

"Le toucher rassure, crée la confiance (...)". Pour Richard Horton, médecin et rédacteur en chef de The Lancet, "il est temps de ramener le toucher dans la médecine" (article publié en octobre 2019). 

Il déplore en effet qu'aujourd'hui "la précision apportée par la technologie médicale moderne (IRM dynamique de contraste, PET-scanners, échocardiogrammes...), triomphe de ce que nos sens humains imparfaits peuvent détecter". Une séparation s'est installée entre le patient et le médecin. Selon lui, "éviter de toucher est une mauvaise médecine".

 

Pour nous, fasciathérapeutes, le toucher est notre outil diagnostique et thérapeutique. Les propos de Richard Horton résonnent donc très justement avec ce que nous vivons dans notre pratique.

 

La fasciathérapie Méthode Danis Bois passe par un toucher de relation, sensoriel, unifiant.

 

Le toucher sensoriel est un toucher très lent, profond, qui "touche". Il touche non seulement toutes les couches anatomiques du corps au fur et à mesure de la séance mais il touche aussi et surtout le patient dans son entièreté. 

 

Le toucher de relation est un toucher qui écoute la demande du corps. Nous posons tout d'abord nos mains et "écoutons". Toute l'attitude qui sous-tend ce toucher de relation tient dans une phrase de Danis Bois :" Derrière la technique, il y  a le thérapeute et derrière le thérapeute, il y a l'être humain".

 

Rappelons, comme le soulignent Bernard Daraillans et François Bonnal, ostéopathes, dans leur ouvrage "Les 7 cerveaux de notre corps" que "la peau relie un espace intérieur et un espace extérieur, elle est une interface.  De tous les sens, le toucher est le plus vital. Il est le 1er système sensoriel à se développer chez l'embryon".

Par sa struture et sa fonction, la peau est l'organe de la communication. "La vie de la peau nous informe sur l'état fonctionnel cicatriciel de nos patients, du métabolisme au psychisme en passant par l'aspect émotionnel et traumatique. En étant touchés par nos mains, nos patients sont reconnus".

 

Le toucher fasciathérapeutique demande de développer une grande qualité de présence et d'écoute. Cette écoute n'est pas seulement tactile, elle est sensible. Ce n'est pas que la main du thérapeute qui perçoit  la demande du corps du patient mais le corps entier du thérapeute. Cette "empathie corporéisée" permet de percevoir de façon immédiate et sans interprétation le langage tissulaire. Pour R.E Kapler, "en palpant l'entièreté du mécanisme corporel, nous connectons notre propre modèle corporel au modèle du patient en coordonnant les flux et les modèles énergétiques (...)".  

 

Le patient ressent dans tout son corps la chaleur de la main du thérapeute. "Cette qualité de chaleur reflète son intention et l'ouverture de son coeur" (Bernard Daraillans et François Bonnal).

Une patiente me disait récemment "cette main, cela fait longtemps que je la cherche, c'est une main pleine d'amour".

Pour une autre, "la fasciathérapie a ceci de particulier que déjà la pause des mains sur les zones douloureuses m’apporte un apaisement".

 

Avec cette particularité de toucher en fasciathérapie, nous entretenons un dialogue continuel, authentique avec le patient dans le respect, la justesse, la compassion, l'empathie et la chaleur du coeur.

 

Laissons le mot de la fin à Freud : "Le moi dérive en dernier ressort des sensations corporelles, principalement de celles qui ont leur source dans la surface du corps".