Zoom sur la Respiration holotropique

Qu'est-ce que c'est la respiration holotropique ? Est-ce que c'est une nouvelle méthode de thérapie ?

 

Oui, en fait ce n'est pas si nouveau puisque cette méthode, basée sur le souffle et l'utilisation de musiques spécifiques, a été inventée par le Dr Stanislas Grof dans les années 70. Mais il est vrai que cela fait seulement une vingtaine d'années que cela commence à se développer en Europe.

 

Et alors, c'est quoi le principe de cette approche ?

 

Peut-être que pour bien comprendre, on peut partir d'une métaphore : imaginez que votre conscience soit une maison, une grande maison avec beaucoup de pièces. Il y a des pièces « sociales » où vous accueillez du monde, comme le hall ou le salon. Il y a des pièces plus intimes comme la chambre à coucher. Il y a un bureau avec une grande bibliothèque, une salle de jeux, et aussi une pièce sacrée, où l'on médite. Il y a une cave où l'on n'ose plus aller tellement elle est sombre et sinistre, et plein d'autres endroits, cette liste n'est pas exhaustive. Ces pièces, bien sûr, représentent des aspects de nous dans toute notre diversité et aussi notre complexité.

 

Et donc ?

 

Il faut bien comprendre que chacune de ces pièces représente une ressource extrêmement précieuse pour faire face à la vie, pour avancer. Chacune est unique et essentielle. Malheureusement, bien souvent, nous n'habitons que deux ou trois pièces, toujours les mêmes, et demeurons coupés du reste de nos ressources. Cela peut marcher pas trop mal pendant quelques temps, mais il arrive toujours un moment où la vie nous propose une épreuve ou une expérience qui exige de nous que nous allions chercher les réponses dans une autre pièce, d'aller puiser dans une autre ressource. Et c'est là que commencent les difficultés.

 

Par exemple ?

 

J'ai connu un homme qui avait l'habitude d'occuper les pièces les plus sociales de sa maison. Il était très à l'aise en société, communiquait facilement et se montrait chaleureux et accueillant. Comme il avait aussi accès à la « salle de jeux » intérieure, il était plein d'humour, ce qui optimisait encore son capital de sympathie. Cet homme a engagé une relation avec une femme séduite par son aisance et son charme. Au début, tout allait bien. Mais rapidement, cette femme, qui avait accès à la « chambre à coucher » de sa conscience, lieu symbolique de l'intimité relationnelle, a exprimé sa soif de relation plus profonde et plus vraie. Comme cet homme n'avait pas accès à sa propre « chambre à coucher » intérieure, il répondait à ces demandes comme il le pouvait... par du jeu et de l'humour ! Cela a rapidement provoqué de grosses tensions dans le couple.

 

Hum.. je vois.

 

Je pense aussi à quelqu'un qui habitait essentiellement le « bureau bibliothèque » et la « pièce sacrée » de sa maison intérieure. C'était quelqu'un de savant et profond. Il était capable d'aller de temps en temps dans les pièces sociales lorsqu'il le fallait. Mais il sentait en lui quelque chose de profondément inconfortable qui l'empêchait d'être pleinement heureux. Ce qu'il a finalement réalisé, c'est qu'il n'avait jamais visité la cave, cave où il découvrit quelques temps plus tard qu'il y avait un petit garçon terrifié et traumatisé par des violences subies dans les premières années de sa vie, petit garçon qui attendait que l'on vienne le chercher pour s'occuper de lui et de sa blessure.

 

D'accord, je commence à comprendre. Donc, notre monde intérieur est infiniment plus riche et complexe que nous ne le réalisons habituellement et il arrive parfois des événements, intérieurs ou extérieurs, qui nous invitent à nous déplacer en conscience pour pouvoir les traverser et les dépasser, c'est bien ça ?

 

Oui, c'est tout à fait ça. Et c'est exactement ce que fait la psychothérapie. On explore les pièces, parfois les unes après les autres, et on apprend à faire avec ce que l'on a découvert. On peut très bien faire ce travail avec les thérapies dites verbales. Souvent on commence par mettre en lumière la ou les pièces que l'on habite presque exclusivement, leurs ressources et aussi leurs limites. Ensuite on peut explorer les autres pièces les unes après les autres. Ce travail est très riche ! Mais il peut aussi présenter plusieurs difficultés ou pièges potentiels.

 

Lesquels ?

 

D'abord, cela peut être assez long. En effet, on sait rarement, en début de thérapie, où aller, quelles pièces aller explorer en priorité. Quelques fois cela peut être évident, mais d'autres fois, on ne sait pas du tout dans quelle direction explorer. Et comment partir à la rencontre d'une pièce dont on ignore l'existence même ?! Cela demande une bonne dose d'intuition.

L'autre problème, c'est que parfois, tout ce travail d'exploration est fait de façon « virtuelle », c'est à dire en restant dans le « bureau » de la pensée intellectuelle. Cela veut dire que l'on découvre progressivement le plan de la maison, avec toutes ses pièces, mais de loin, sans s'y déplacer. Alors on comprend plein de choses, comme par exemple qu'il y une cave avec des choses cachées et inavouables, qu'il y a une salle aux trésors, une pièce sacrée, etc. mais comme on ne s'y déplace pas vraiment, en conscience, toutes ces choses restent virtuelles.

 

C'est ce qui explique qu'il y a des personnes qui ont fait un gros travail sur elles, qui ont appris et compris plein de choses sur leur fonctionnement, mais qui ont l'impression que cela n'a pas changé grand chose dans leur vie ?

 

Tout à fait. Découvrir la richesse et la complexité intérieure de sa maison est un travail passionnant, mais insuffisant. Il faut être à même de pouvoir réellement se déplacer en conscience. En thérapie verbale, cela est possible, mais à condition que le thérapeute veille bien à cela... ce qui implique qu'il ne soit pas lui-même coincé dans son « bureau » intérieur !

 

Et donc, la Respiration Holotropique dans tout ça ?

 

Avec la RH, c'est un peu « journée portes ouvertes » dans la maison intérieure ! C'est comme si toutes les portes de notre conscience ou presque s'ouvraient et s'offraient à notre expérience. On n'est pas dans de l'exploration intellectuelle, on est dans de l'expérience pure.

En hyperventilant de façon spécifique et contrôlée, soutenu par l'utilisation de certaines musiques et un travail psychocorporel, on induit un état de conscience modifiée. C'est une sorte de transe qui nous permet de vivre un rapport vraiment différent au monde et à nous-même, sans jamais perdre conscience. Grâce à cet état de grande ouverture et de remise en circulation de nos énergies psychiques, nous ne sommes plus réduits à quelques pièces, notre maison intérieure nous accueille pleinement et nous pouvons l'habiter complètement.

 

Cela veut dire qu'on habite toutes les pièces en même temps ? Pas sûr que ce soit plus facile à vivre que de se restreindre à une ou deux pièces seulement !..

 

En fait, tout est possible. Une de choses que Stan Grof, l'inventeur de cette méthode, a bien montré, c'est que dans cet état de conscience modifié, notre conscience est guidée par une sorte de « radar » qui sait exactement dans quelle direction elle doit aller, c'est à dire quelles pièces visiter. Ce radar sait que la solution aux difficultés de couple de l'homme de tout à l'heure se trouve dans la chambre à coucher (!), c'est à dire en instaurant un rapport intime à soi. Il sait aussi qu'il y a un enfant qui pleure dans la cave attendant qu'on vienne le chercher et qu'il y a, dans la pièce sacrée, des possibilités de faire des expériences mystiques extraordinaires de connexion au vivant et au Divin... Il sait qu'il y a une pièce où l'on a soigneusement enfermé notre violence ou nos peurs les plus profondes, et une autre où il y a un artiste incroyable qui attend qu'on libère son potentiel de créativité, etc. Et surtout, il sait exactement où aller, quelle expérience aller chercher qui soit la plus bénéfique et la plus ajustée pour notre guérison et notre évolution. On parle « d'activité thérapeutique spontanée ». C'est en quelque sorte notre sagesse intérieure qui est à l’œuvre ici.

 

Donc ce n'est plus le thérapeute qui guide la thérapie, mais notre propre thérapeute intérieur ?

 

Exactement. On réalise que notre conscience, lorsqu'on la libère avec des outils tels que la RH, est extraordinairement bien faite. Elle est faite pour avancer, pour se déployer progressivement dans toutes les directions. Elle est magnifiquement équipée pour faire face à toute réalité, quelle qu'elle soit.

Elle est faite pour aller vers toujours plus de diversité et aussi pour relier, intégrer, unifier. Ce sont ses deux mouvements naturels et fondamentaux : différencier et intégrer, ouvrir et unir. Certains mystiques diraient que ce sont là les deux mouvements naturels de l'Amour. C'est ce que fait la RH, réactiver ce processus, le redynamiser. Et c'est ce qui en fait je crois, sa force et sa magie.

 

Justement, ça paraît un peu magique présenté comme cela... Est-ce que l'on sait comment ça marche ? Et est-ce que ce n'est pas dangereux pour la santé d'hyperventiler d'une telle façon ?

 

Depuis qu'elle a été mise en place dans les années 70, cette expérience a été réalisée par des centaines de milliers de personnes et on sait aujourd'hui qu'à condition de respecter certaines règles et contre-indications précises, elle est parfaitement sans danger. Bien sûr, certaines expériences peuvent être particulièrement intenses, c'est pourquoi la qualité de l'accompagnement par les thérapeutes est essentielle : ils doivent être formés et lorsque cela se pratique en groupe, être suffisamment nombreux pour assurer l'encadrement et la sécurisation.

Quant à la question de savoir comment ça marche, on sait aujourd'hui ce qu'il se passe physiologiquement lors des RH. Un des aspects les plus flagrants est l'inhibition momentanée des zones du néo-cortex qui sont mises en hypoxie, ce qui a pour effet de réduire fortement notre capacité analytique et de défense... et d'ouvrir ainsi plus largement l'accès aux pièces de notre conscience !

 

Et au fait, ça veut dire quoi « holotropique » ?

 

C'est un néologisme inventé par Grof pour parler à la fois de cette technique et des états qu'elle induit. « Holos » veut dire le « Tout », l'Unité, et « tropè », tendre vers. C'est donc une respiration qui nous conduit vers une plus grande unité intérieure et, par voie de conséquence, avec le monde et la Vie tout entière.

 

JH.

 

 

Pour en savoir plus :

Théorie et pratique de la respiration holotropique – de Stanislas Grof

Manuel de Psychothérapie transpersonnelle - Bernadette Blin et Brigitte Chavas